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Changer de prestataire informatique sans coupure : la méthode

6 min de lecture

C'est un paradoxe que nous rencontrons souvent : des dirigeants mécontents de leur prestataire informatique depuis des années, qui restent. Pas par satisfaction, par peur. Peur de la coupure pendant la transition, peur de perdre des accès, peur du trou d'air entre les deux. Cette peur est compréhensible, mais elle repose sur une idée fausse : bien menée, une transition d'infogérance est invisible pour vos équipes.

Les signes qu'il est temps de changer

Quelques symptômes qui, cumulés, justifient d'ouvrir le dossier :

  • Les tickets traînent sans visibilité : vous ne savez jamais si quelqu'un s'en occupe, ni quand ce sera réglé.
  • Vous découvrez les problèmes vous-même, jamais par une alerte du prestataire. La supervision est en panne, ou n'a jamais existé.
  • Aucun bilan, aucune recommandation depuis plus d'un an : le contrat tourne, personne ne pilote.
  • Chaque demande hors quotidien devient un devis surprise, sans grille annoncée.
  • Vous ne détenez ni les mots de passe administrateur, ni la documentation de votre propre système. C'est le signe le plus grave, et le premier point à traiter.

Étape 1 : reprendre la main sur ce qui vous appartient

Avant toute démarche, faites l'inventaire de ce que vous contrôlez réellement, car tout cela vous appartient :

  • Le nom de domaine et la zone DNS : à quel nom sont-ils enregistrés ? Si c'est celui du prestataire, la régularisation est prioritaire.
  • Les comptes administrateur : Microsoft 365 ou Google Workspace, pare-feu, serveurs, antivirus, sauvegardes. Vous devez détenir un accès administrateur de secours, même si vous ne l'utilisez jamais.
  • Les licences : lesquelles sont au nom de l'entreprise, lesquelles sont revendues par le prestataire et disparaîtront avec lui ?
  • La documentation : schéma du réseau, inventaire des postes et serveurs, procédures.

Relisez aussi votre contrat : durée d'engagement, préavis, et clause de réversibilité. Nous avons détaillé les clauses qui comptent dans un article dédié.

Étape 2 : choisir le successeur avant de notifier

L'ordre est important. Le nouveau prestataire réalise son état des lieux, chiffre la reprise et s'engage sur un plan de transition écrit. C'est seulement une fois ce plan validé que vous envoyez le préavis à l'ancien. Ainsi, la période de préavis devient la période de transition : vous payez deux prestataires quelques semaines, mais vous n'êtes jamais sans filet.

Un bon plan de transition précise qui fait quoi, dans quel ordre, et surtout : ce qui se passe si un incident survient pendant la bascule.

Étape 3 : la passation technique

La transition proprement dite suit un ordre logique :

  1. Transfert des accès et de la documentation de l'ancien vers le nouveau, avec un procès-verbal listant ce qui a été remis.
  2. Doublonnage de la supervision : le nouveau prestataire installe ses outils de surveillance pendant que les anciens tournent encore. Pendant quelques jours, deux paires d'yeux valent mieux qu'une.
  3. Bascule par lots : la sauvegarde d'abord (rien ne se fait sans filet), puis les serveurs, puis les postes, par groupes. Jamais de bascule totale un vendredi.
  4. Rotation de tous les mots de passe à privilèges une fois la passation terminée. L'ancien prestataire n'a plus aucun accès, et c'est vérifié, pas supposé.

Étape 4 : le premier mois avec le nouveau

Exigez un point hebdomadaire le premier mois : incidents rencontrés, écarts par rapport à l'état des lieux initial, premières recommandations. C'est aussi le moment de vérifier que les engagements du devis se traduisent dans la réalité : délais de réponse, qualité des comptes rendus, proactivité.

Les pièges classiques

  • Le préavis découvert trop tard : certains contrats se renouvellent tacitement par périodes de douze mois avec trois mois de préavis. Notez la date limite dans votre agenda dès aujourd'hui, même sans projet de changement.
  • Le prestataire qui fait de la rétention : refus de transmettre les accès ou la documentation. C'est rare, mais quand ça arrive, un courrier recommandé rappelant que ces éléments appartiennent à l'entreprise suffit généralement. D'où l'intérêt de l'étape 1 : moins il détient de choses en exclusivité, moins la rétention est possible.
  • La double facturation qui s'éternise : la période de recouvrement doit être bornée dans le plan de transition, typiquement deux à six semaines.
  • Changer pour moins cher, à périmètre inconnu : comparez les périmètres avant les prix. Notre article sur le coût réel de l'infogérance donne la grille de lecture.

Ce qu'il faut retenir

Changer de prestataire informatique n'est pas un saut dans le vide, c'est un projet de quelques semaines avec une méthode éprouvée : reprendre ses accès, choisir avant de notifier, basculer par lots avec la sauvegarde en premier. Le vrai risque n'est pas la transition. C'est de rester des années avec un prestataire qui ne supervise rien, et de le découvrir le jour d'un incident sérieux.

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